Music review, Interviews
2012-2026
Patrick Aslanian écrit comme il a enseigné : pour transmettre. Entre la France, la Grèce et la mémoire arménienne, ses chansons explorent l'amour, l'absence, le temps et les liens qui unissent les êtres. Poète autant que musicien, il ne cherche ni à se raconter ni à se mettre en scène. Il se définit comme un passeur d'émotions. Ses textes, ses mélodies et même ses silences participent d'une même quête : donner une forme sensible à ce qui demeure lorsque tout semble disparaître.
QUEL EST LE MOTEUR DE MA CREATION ?
9 aout 2026
Je crois que je crée d’abord parce que je suis profondément touché par le monde.
Par sa beauté, bien sûr. Celle d’un paysage, d’un visage, d’une lumière, d’un instant qui pourrait sembler insignifiant et qui, soudain, devient essentiel. Mais aussi par les êtres humains, par leurs histoires, leurs fragilités, leurs contradictions. La vie des autres est une source inépuisable pour moi.
Je suis animé par la curiosité, par le désir d’aller voir derrière ce que je connais déjà. L’inconnu m’attire. L’expérimentation aussi. Créer, c’est accepter de ne pas savoir exactement où l’on va et découvrir parfois, en chemin, quelque chose que l’on ne cherchait pas.
Il y a également une révolte. Certaines injustices me traversent et je ne sais pas toujours quoi en faire autrement que de les transformer. La création peut alors devenir une manière de dire, de témoigner, de ne pas détourner le regard.
Mais au fond, mon moteur est peut-être plus simple : le désir de vivre pleinement.
J’ai longtemps pensé que créer consistait à produire quelque chose. Aujourd’hui, je crois que c’est surtout une façon d’habiter le monde. De donner un sens à ce qui m’arrive, aux rencontres, aux émotions, aux blessures, aux émerveillements. Transformer l’expérience en quelque chose qui puisse être partagé.
Et puis il y a le temps. La conscience que nous sommes de passage. Laisser une trace n’est pas pour moi une question de postérité. C’est plutôt le désir de déposer quelque part une émotion, une image, quelques notes, quelques mots… quelque chose qui aura peut-être touché quelqu’un.
Créer, c’est aussi apprendre à vivre avec la peur. Je ne suis pas certain qu’on puisse réellement s’en débarrasser. Il faut plutôt apprendre à l’apprivoiser, à avancer avec elle. Accepter le doute, le risque, l’inconnu, l’échec même. C’est peut-être là que commence véritablement la liberté.
Et surtout, je veux préserver en moi cette chose fragile et précieuse : le regard de l’enfant.
Celui qui s’émerveille encore. Celui qui ne sait pas, qui questionne, qui observe longuement. Celui qui peut rester silencieux devant une lumière sur un mur, le mouvement d’un arbre ou un visage, simplement parce qu’il y découvre quelque chose.
Je voudrais rester cet enfant-là, mais avec la mémoire de l’homme que je suis devenu.
Au fond, je ne crée peut-être pas pour laisser une trace.
Je crée pour ne pas cesser de regarder.
Pour ne pas cesser de m’étonner.
Pour ne pas cesser de vivre.
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Entretien juin 2026
Patrick Aslanian : écrire entre les langues, les mémoires et les silences
Certaines personnes écrivent des chansons. D’autres vivent dans un état permanent de création. Chez Patrick Aslanian, l’écriture, la musique, la peinture et la sculpture participent d’un même besoin vital : transmettre une émotion.
Installé depuis dix-sept ans dans un village de montagne en Crète, cet ancien instituteur et conseiller pédagogique poursuit une œuvre singulière, entre français, grec et anglais. Derrière ses chansons se dessinent les thèmes de l’amour, de l’absence, de la mémoire, du deuil, de l’exil et de la transmission.
Il se définit pourtant avec simplicité :
« Je ne suis qu’un transmetteur d’émotions. Mon moi n’est qu’un véhicule. »
La naissance d’un auteur
La musique n’était pas particulièrement présente dans son enfance. Sa mère n’en écoutait guère. Son père disparaît alors qu’il n’a que onze ans. Plus tard, un proche travaillant à l’ORTF apporte régulièrement des disques à la maison. Le jeune Patrick les écoute en boucle. Beethoven dirigé par Karajan devient une révélation.
Mais avant la musique, il y a les mots.
Adolescent, il découvre Jacques Prévert. Une amie lui fait remarquer qu’il lit les poèmes à voix haute avec une émotion particulière :
« Tu devrais écrire les tiens. »
Le conseil agit comme une étincelle.
Il remplit des cahiers entiers de poèmes. À seize ans, il achète sa première guitare. Peu à peu, les textes rencontrent les mélodies. Les chansons apparaissent naturellement.
Très vite, il comprend que l’écriture ne sera jamais un simple loisir.
« Je recopiais des pages entières de mes lectures. Je remplissais des cahiers de deux cents pages. Aujourd’hui encore, je ne peux vivre sans écrire, dessiner ou sculpter. »
Écrire pour comprendre
Patrick Aslanian n’écrit pas pour raconter sa vie au sens autobiographique du terme.
Il écrit pour comprendre.
Comprendre une émotion, un souvenir, une blessure ancienne ou un événement qui continue d’agir dans l’ombre.
Ses chansons parlent souvent d’amour, d’absence, de mémoire, de temps qui passe. Mais elles sont rarement des confidences directes.
« C’est plutôt la quintessence de mes rêves. Ce que j’aurais pu vivre. »
Avec les années, certains thèmes reviennent naturellement.
Le regard sur la société.
La fragilité des êtres.
Les injustices.
La nature aussi, omniprésente : la mer, le soleil, les oiseaux, les montagnes, la nuit, les étoiles ou encore le sable.
« Mon moteur de création est de faire feu de tout bois. »
Le deuil : l’émotion la plus difficile
S’il fallait nommer une émotion plus difficile que les autres à écrire, ce serait sans hésitation le deuil.
Cette expérience traverse son œuvre depuis longtemps.
En 2016 paraît Prélude à un départ, un album instrumental conçu comme un hommage. Aucun mot n’y figure. Seulement des notes composées sur un vieux piano désaccordé, enregistrées avec un simple téléphone puis orchestrées par la suite.
« Il n’y avait pas de mots. »
Plus tôt encore, après la disparition de son premier fils, il écrit avec son épouse une chanson intitulée Arbres alignés.
La chanson devient alors un espace où la douleur peut être déposée.
« La création libère. »
Pour lui, toutes les blessures peuvent devenir chansons. Les non-dits, au contraire, se transmettent souvent de génération en génération.
Trois langues, trois façons d’habiter le monde
Patrick Aslanian écrit en français, en grec et parfois en anglais.
Chaque langue correspond à un territoire émotionnel particulier.
Le français demeure la langue maternelle, celle de la poésie et de la richesse du vocabulaire.
Le grec est devenu la langue du quotidien, de la famille choisie et du pays d’adoption.
« Quand j’écris en grec, mon père parle en moi, mais aussi la Crète, ma vie actuelle et les gens qui m’entourent. »
L’anglais renvoie davantage à la jeunesse, au folk-song et à l’ouverture internationale.
Les passages d’une langue à l’autre ne sont jamais de simples traductions. Les images changent. Les rythmes changent. Les accents toniques déplacent la musique intérieure des phrases.
« Une chanson traduite révèle parfois un sens caché qui n’était pas visible dans la version originale. »
La Crète comme port d’attache
Après une vie marquée par les déplacements, la Crète représente aujourd’hui un point d’ancrage.
L’histoire familiale n’y est sans doute pas étrangère.
D’origine arménienne, Patrick Aslanian porte en héritage une mémoire de l’exil.
Son père avait lui-même voulu effacer une partie de cette histoire douloureuse.
Pourtant, les traces demeurent.
Elles réapparaissent dans les personnages qui attendent, dans les départs, dans les absences, dans cette nostalgie discrète qui traverse nombre de ses chansons.
« Vivre dans un village de montagne d’une centaine d’habitants est devenu mon havre de paix. »
Le pédagogue et l’artisan
Pendant toute sa carrière d’enseignant, Patrick Aslanian a cherché à transmettre.
Cette exigence se retrouve dans son écriture.
Pour lui, une chanson reste avant tout un message de bouche à oreille.
Le texte doit être fluide, naturel, compréhensible.
Il retravaille sans cesse les répétitions, les formulations maladroites ou les passages difficiles à chanter.
« Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement. »
La chanson naît véritablement lorsqu’elle devient prononçable avec émotion.
« Je sais qu’un vers sonne juste lorsqu’il peut être chanté sans trahir l’émotion qu’il porte. »
Le temps comme filtre
Contrairement à l’image romantique de l’inspiration immédiate, Patrick Aslanian accorde une place essentielle au temps.
Il écrit.
Il range.
Il oublie.
Puis il revient plusieurs mois ou plusieurs années plus tard.
Le temps agit comme un révélateur.
« Le temps est un filtre. Ce qui lui résiste est une matière plus pure. »
Cette méthode explique aussi sa discipline de publication. Une grande partie de sa production reste dans les tiroirs.
Seuls les textes et les musiques capables de traverser l’épreuve du temps sont conservés.
L’intelligence artificielle : un outil parmi d’autres
L’arrivée des outils d’intelligence artificielle ne l’inquiète pas particulièrement.
Au contraire, il les utilise régulièrement.
Comme autrefois les logiciels de mastering ou les outils numériques d’aide à la création.
Pour lui, l’intelligence artificielle agit comme un partenaire de réflexion, capable de proposer des pistes ou de stimuler l’imagination.
Mais elle ne remplace ni le travail ni l’émotion.
« Les idées viennent en mangeant les idées. »
L’outil suggère.
Le créateur choisit.
L’humain demeure au centre du processus.
« Tant que l’intelligence artificielle reste au service de l’homme, elle constitue un outil passionnant. »
Ce qui demeure
À soixante-dix ans, Patrick Aslanian continue d’écrire quotidiennement.
Plusieurs albums instrumentaux sont en préparation. Des dizaines de chansons attendent encore leur forme définitive.
Lorsqu’on lui demande ce qu’il aimerait transmettre à ses enfants et à ses petits-enfants, sa réponse est immédiate :
« Qu’ils sont le bois de mon voilier. »
Une image qui résume peut-être toute sa démarche.
Car derrière les chansons, les poèmes, les tableaux ou les compositions instrumentales, il y a toujours la même conviction :
nous sommes liés les uns aux autres.
Et ce que nous donnons au monde finit toujours par nous revenir.
Comme il aime à le rappeler en grec :
« Η ζωή είναι μια ηχώ· ό,τι στέλνεις επιστρέφει, ό,τι σπέρνεις το θερίζεις, ό,τι δίνεις το παίρνεις, και ό,τι βλέπεις στους άλλους υπάρχει μέσα σου. »
La vie est un écho : ce que tu envoies revient, ce que tu sèmes tu le récoltes, ce que tu donnes tu le reçois, et ce que tu vois chez les autres existe aussi en toi.
Écrire entre les langues, les deuils et les silences
Il y a des vies d’artistes qui ne se racontent pas, elles s’écoutent.
Celle de Patrick Aslanian appartient à cette catégorie rare où la musique, la langue et la mémoire ne sont pas des domaines séparés mais les variations d’une même matière intérieure. Installé depuis près de vingt ans en Crète, il compose, écrit, peint, sculpte. Mais surtout, il traverse.
Traverser les langues. Traverser les deuils. Traverser le temps.
« Je ne suis qu’un transmetteur d’émotions. Mon moi n’est qu’un véhicule. »
Les origines : une musique sans musique
Dans l’enfance, peu de musique. Ou presque pas.
Une mère silencieuse du point de vue sonore. Un père disparu tôt. Et puis, plus tard, une ouverture par fragments : des disques venus de l’ORTF, Beethoven, Karajan. Une écoute répétée, presque hypnotique.
Mais le véritable point de départ n’est pas musical.
Il est littéraire.
À quinze ans, Prévert. Et une phrase, simple, presque anodine, prononcée par une amie :
« Tu devrais écrire les tiens. »
À partir de là, tout bascule doucement. Les cahiers se remplissent. Les poèmes arrivent avant les chansons. La guitare vient ensuite. Comme une conséquence.
Et très vite, une évidence :
écrire n’est pas une activité. C’est une nécessité.
Écrire : comprendre plutôt que dire
Chez Aslanian, l’écriture n’est jamais confessionnelle au sens strict.
Elle est un travail de compréhension.
Comprendre une émotion. Une absence. Une trace. Quelque chose qui insiste dans la mémoire sans jamais se laisser fixer complètement.
L’amour, la perte, la fragilité du monde, mais aussi les éléments simples — la mer, la lumière, les montagnes, les oiseaux — composent un vocabulaire récurrent.
Non pas un décor, mais une matière.
« Mon moteur de création est de faire feu de tout bois. »
Et souvent, ce qui est écrit n’est pas vécu directement.
C’est un déplacement.
Une hypothèse de vie.
« Ce sont les rêves de ce que j’aurais pu vivre. »
Le deuil : là où les mots s’interrompent
Il existe des zones où le langage vacille.
Le deuil en fait partie.
En 2016, Prélude à un départ naît sans paroles. Un piano désaccordé, un enregistrement rudimentaire, une nécessité de dire autrement.
Pas de texte. Pas de récit.
Seulement des sons.
Plus tôt encore, après la perte d’un enfant, une chanson écrite avec son épouse : Arbres alignés. Une tentative de tenir ensemble ce qui ne tient plus.
Ici, la musique ne console pas.
Elle transforme.
Ou du moins, elle rend habitable ce qui ne l’est pas.
Trois langues, trois respirations
Français, grec, anglais.
Trois langues, mais surtout trois respirations du monde.
L’anglais : celui du folk, de Dylan, de Cohen, d’une jeunesse musicale et contestataire.
Le français : langue de la précision, de la littérature, de la nuance.
Le grec : langue du quotidien, du lien, de la communauté, devenue langue de vie en Crète.
Mais aucune ne domine.
Elles coexistent.
Et parfois, elles se déplacent d’une chanson à l’autre, comme si l’émotion cherchait son propre territoire linguistique.
« Une traduction peut révéler un sens caché de l’original. »
La Crète : après le mouvement, l’ancrage
La trajectoire de Patrick Aslanian est marquée par les déplacements, les ruptures, les continuités recomposées.
Derrière cela, une mémoire familiale traversée par l’exil, notamment arménien.
Mais la Crète apparaît comme un point de suspension.
Un lieu réduit, presque retiré du monde.
Un village de montagne.
Et pourtant, un espace d’amplitude intérieure.
Le silence n’y est pas absence.
Il est condition de création.
Le pédagogue : la chanson comme transmission
Ancien enseignant, il n’a jamais vraiment quitté la pédagogie.
Elle traverse sa manière d’écrire.
Une chanson doit être claire. Prononçable. Transmissible.
Non pas simplifiée, mais lisible.
Le travail sur le texte est constant : enlever, alléger, corriger, fluidifier.
Une exigence presque orale.
« Une chanson est un message de bouche à oreille. »
Et derrière cette exigence, une mémoire d’école :
s’entraîner à parler avec un crayon dans la bouche pour mieux articuler.
La parole comme exercice.
La parole comme discipline.
Le temps : l’écriture différée
Rien n’est immédiat.
Les chansons passent par des cycles longs : apparition, oubli, retour, transformation.
Certaines disparaissent pendant des années.
Le temps ne détruit pas.
Il trie.
« Ce qui lui résiste devient une matière plus pure. »
L’écriture est donc moins un geste qu’un processus étalé dans la durée.
Une lente décantation.
L’intelligence artificielle : continuité des outils
L’IA ne représente pas une rupture.
Elle s’inscrit dans une continuité technique déjà ancienne : logiciels de son, outils de mastering, dispositifs d’écriture assistée.
Elle propose.
Elle suggère.
Elle déplace parfois le regard.
Mais elle ne décide pas.
« L’outil propose. Le créateur choisit. »
Et surtout, aucune confusion :
la création reste humaine, ou elle n’est pas.
Ce qui demeure
À soixante-dix ans, l’œuvre continue de s’étendre.
Albums instrumentaux en cours, cycles de chansons, projets multiples.
Mais le geste reste identique : transmettre.
Non pas laisser une trace figée, mais faire circuler quelque chose.
Aux enfants, aux petits-enfants, une image revient :
« Ils sont le bois de mon voilier. »
Une manière de dire que l’œuvre n’avance que grâce à ce qui la porte.
Épilogue
Tout finit par revenir à une phrase, écrite en grec, comme une synthèse et une ouverture :
Η ζωή είναι μια ηχώ· ό,τι στέλνεις επιστρέφει, ό,τι σπέρνεις το θερίζεις, ό,τι δίνεις το παίρνεις, και ό,τι βλέπεις στους άλλους υπάρχει μέσα σου.
La vie est un écho : ce que tu envoies revient, ce que tu sèmes tu le récoltes, ce que tu donnes tu le reçois, et ce que tu vois chez les autres existe aussi en toi.
interview
interview 2022
INTERVIEW OCTOBRE 2022 WORLWIDE MUSIC DIRECTORY
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1. Où avez-vous grandi ?
Je suis né entre deux cultures. Père Grec d’origine arménienne et mère française. Mes cinq premières années ont été vécues en Grèce à Thessalonique. Avec mes parents j’ai déménagé tous les deux ou trois dans la région parisienne. La seule constante était l’été dans le pays de mon père. Ma langue maternelle étant le français, après mes études je me suis installé dans le département du Var en France, le plus près du sud, près qu’à la latitude de Thessalonique. J’étais enseignant à l’école primaire. C’est à la retraite que j’ai décidé de m’installer en Grèce avec l’intention de construire un homestudio… Mais encore plus dans le sud : l’île de Crète !
2. Qu'est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans la musique ?
À l’adolescence, on écrit des poèmes et quand ça vous colle à la peau et qu’on ne peut plus s’en passer, on structure son écriture avec une guitare, et on commence à écrire des chansons… ma passion ne s’est jamais arrêtée. Il était presque normal qu’après en avoir écrit plus de 150 (principalement en français mais aussi en grec et anglais), j’ai désiré les partager et orchestrer ces compositions. C’est ainsi que je suis rentré petit à petit dans le monde de la composition avec des morceaux, plus ou moins lounge ou cinématique avec des instruments synthétique ou classique d’orchestration, en autodidacte, sans formation particulière : à chaque question il fallait trouver sa solution. L’encyclopédie internet est fabuleuse dans son partage. Ne dis ton pas que la retraite est un nouveau départ !
3. Écrivez-vous et produisez-vous toute votre propre musique ?
Oui de A à Z singer-songwriter, compositeur, mes créations son « homemade handmade » : Mixage, Mastering, Pochette, diffusion sur les plateformes de streaming grâce à iMusician, Mise à jour régulière du site internet, Création de clips musicaux sur YouTube, Publicité sur facebook et autres plateformes sociales. Une activité à temps plein qui vous demande de toujours apprendre et développer de multiples et nouvelles compétences. En 12 ans plus de 30 albums. Le tout chez moi, c'est-à-dire un petit village de montagne d'une centaine d'habitants : des conditions idéales pour la création .
4. À quoi ressemble une session d'enregistrement pour vous ?
Pour mes premières chansons, c’était très simple, guitare, harmonica, voix sur une base rythmique avec basse. Puis, en play-back enregistrement de solo.
Lorsque j’ai mieux maîtrisé le workflow, et installé un équipement approprié, j’ai composé les orchestrations sur lesquelles je plaçais ma voix puis le solo.
En ce qui concerne mes créations actuelles, (indie et cinématique), Le plus souvent, je pars sur une création midi que je développe avec des instruments virtuels et des banques de sons. Composition « in the box », comme certains disent. J’établis mes règles de construction et je développe chaque jour pendant un ou deux mois. J’arrête après une trentaine de composition et je passe à l’enregistrement audio : écoute, réenregistrement réécoute etc… un va et vient jusqu’à obtenir une maquette que j’envoie à un ami qui choisit l’ordre des morceaux de l’album. Je ne suis pas ingénieur ! Plutôt apprenti sorcier avec son cortège d’erreurs et d’imperfections : en pédagogie on appelle ca le tâtonnement expérimental. Mon meilleur atout : mes oreilles. Et ça prend des années d’entendre.
5. Avec quel genre de musique avez-vous grandi ?
Côté français
Ce que j'écoutais en boucle :
Les écrivains : Léo Ferré, Jacques Brel, Charles Aznavour, Georges Brassens, Georges Moustaki, Serge Gainsbourg, Jacques Higelin, Francis Cabrel, Jean-Jacques Goldman.
Les voix : Edith Piaf, Barbara, Véronique Sanson.
Les interprètes : Yves Montand, Serge Reggiani, Joe Dassin.
La musique de tradition médiévale : Malicorne
Côté langue anglaise
Les anglo saxons : Bob Dylan, Léonard Cohen, Creedence Clearwater Revival, John Lennon, les Pink Floyds, Patti Smith, Led Zeppelin.
Mais j’écoutais de la musique du monde quelques soit leur culture ou harmonie.
Pour la musique grecque : Mikis Théodorakis, Manos Xatzidakis, Dionisos Savopoulos, Xaris Alexiou, Stamatis Spanoudakis et bien sur les chants orthodoxes.
6. À quoi ressemble votre scène musicale locale en Grèce ?
Je n’ai jamais été un performer régulier. Quand j’apparaissais sur scène c’était guitare en bandoulière, harmonica et micro pour la voix. Ce qui plaisait beaucoup. Entre Dylan et Moustaki !
7. En tant qu'enseignant, qu'est-ce que ça fait de faire découvrir le monde de la musique à vos élèves ?
C’est une aventure de chaque jour. Je travaillais en pédagogie Freinet. Ce qui signifie mettre les enfants au centre de l’apprentissage, avec des motivations réelles à la portée de leur âge : correspondance scolaire, textes libres, recherches documentaires, publications d’un site internet de leur réalisations ( nous étions il y a trente ans des pionniers), créations et expression personnelles. Ainsi la musique avait sa place à côté de la grammaire et des mathématiques La classe ressemblait plus à une fourmilière pleine d’idée d’entraide et de coopération. Parmi les contrats d’activité mensuelle, chaque enfant devait interpréter chaque mois une chanson devant ses camarades. Chaque matin dans le quoi de neuf les élèves pouvaient chanter, seul ou en groupe, devant leurs camarades, une chanson du fichier karaoké que j’avais inventé et qui grandissait chaque année. Pas de jugement : des encouragements à continuer. Les enfants ont des voix sublimes ! L’aboutissement annuel était un spectacle devant les parents et les élèves de toute l’école. La scène était soit la cour d’école soit la salle des spectacles de la ville. C’est ainsi que j’ai rencontré un parent d’élève, régisseur de spectacle, qui s’occupait de toute l’infrastructure du spectacle et m’a beaucoup aidé, par la suite dans la créations de mon studio, ma régie et salle de mastering.
8. Jouez-vous souvent en direct ?
Non, pas encore. Ce serait possible de l’envisager, si je trouvais des partenaires de collaboration. Je suis plutôt un solitaire, entre néanderthal et 21ème siècle.
9. Parlez-nous de votre dernier projet.
Le dernier projet qui a vu le jour il y a quelques mois était le plus impliqué dans des compositions d’inspiration classique et cinématique. « D’une lune à l’autre », c’est aussi l’aboutissement d’un rêve d’enfant. À 20 ans, je collectionnais les requiems et je vais bientôt être à l’âge d’en écrire un ! Chaque album est une atmosphère que la poésie habite depuis mon adolescence. Cet album particulier apporte espoir, passion et joie de vivre dans un monde sombre ou les conflits sociaux, les crises économiques et politiques nous amènent à nous renfermer sur nous-mêmes Apres plus de 70 ans de paix nous sommes de la chute du mur de Berlin à des conflits planétaires ou guerres et catastrophes naturelles sont notre quotidien.
Il est dans le même esprit que le précédent qui s’intitulait « Arc en Ciel »
Voilà ce que la musique peut être capable d’exprimer. Il faut écouter. le reste ce sont des mots. la musique est une magie pour les émotions.
10. Que pouvons-nous attendre de vous à l'avenir ?
Le projet sur lequel je travaille et qui aura pour titre « l’atelier des rêves» va dans la même direction. » Bien que je sois dans une étape de finalisation, il est difficile d’en parler encore. Il verra surement le jour en début d’année prochaine.
J’ai aussi un album rock en préparation « Surfing on my life ». Voilà les deux grands projets 2023.
Lorsque l’on est indépendant, on peut ainsi se lancer dans la recherche et se faire plaisir !
11.Souhaiteriez-vous ajouter quelque chose ?
La création est un feu intérieur que l’on doit exprimer pour vivre ou survivre.
Cela signifie constance : 10% d’inspiration 90% de travail et chaque jour apprendre. Nous sommes tous de passage sur cette terre. Chacun à sa manière cherche à laisser une trace. Je ne suis ni médecin sans frontière ni performer mais mon coeur bat a l’unisson de notre monde, même si certains pensent que la création est la poubelle de notre société. Je resterai jusqu’à mon dernier jour un grand rêveur. L’engagement politique ? Enseigner aux enfants et exprimer par toutes les formes d’art que nous souhaitons vivre en paix sur cette merveilleuse planète.
interview préparé par Kizym 2014.
Kizym : Bonjour Patrick Kaloust Aslanian ! Avant de commencer, pouvez-vous nous éclaircir sur votre parcours ?
Pka : Merci de l’intérêt que vous portez aux artistes publiés sur votre plateforme. Un parcours assez simple en fait. A l’adolescence une passion pour la création : l’écriture, la peinture, la sculpture et la musique. Aucune de celle-ci ne se sont éteintes au fil du temps. Et puis ca va très vite. On te fait comprendre qu’il faut gagner sa vie et que la bohème, c'est pas une solution.
Alors on essaye de concilier les deux. Trouver un métier qui passionne, dans lequel on peut s’investir mais qui offre du temps libre pour se ressourcer et créer. Après des études de langues et d’architecture, j’ai choisi le métier d’instituteur. Je m’engage en pédagogie Freinet, bien avant que les instructions officielles mettent l’enfant au centre des apprentissages. Je consacre chaque été à la création. peu d’expositions ou de scène et pas de publication.
Chaque année je compose quelques chansons.
Puis je rencontre, Yves Carrion, parent d’élève et intermittent du spectacle. Il m’aide à monter le premier spectacle avec mes élèves dans la cour de l’école Jean Moulin à St Maximin la Ste Baume.
L’année scolaire, a laissé place à une amitié durable et indéflectible.
Il donne des titres à mes albums, s’occupe des déclarations Sacem, me guide pour ce qui concerne l’ingénierie du son.
Pendant des années, les chansons s’entassent dans les magnétophones, les tiroirs et les disque durs.
Puis arrive le privilège de la retraite, choisie, presque anticipée.
Yves m’aide à planifier et construire mon studio maison comme disent les anglais.
Ca commence à devenir sérieux. En pédagogie on parlera de tâtonnement expérimental. en musique, c’est comme pour toutes les passions humaines, c’est le besoin qui fait que l’on a envie d’apprendre.
L’aventure commence donc en 2009. Ca devrait mettre du baume au coeur des seniors !
Kizym : Etes-vous seul à composer et jouer vos titres ?
Pka : Pour l’instant je compose seul. Jusqu’en 2013, j’étais seul à interpréter. Surtout parce que je ne connaissais personne autour de moi.
ici en Crête j’ai rencontré Popi Xénidaki, qui chante le répertoire traditionnel grec. J’ai maquetté un album avec des chansons traditionnelles. Puis on s’est attelé à la traduction de chansons qui lui plaisaient pour les adaptées à la langue grecque. Cela donné lieu à un premier album : 2013 : FACE A FACE
Kyzim : Combien de temps avez-vous passé à développer votre maîtrise de tous ces instruments ?
Pka : En fait, il faut laisser le temps aux apprentissages. Ca se réalise par palier. Au départ on voit les difficultés comme des montagnes. Honnêtement on se retrousse les manches, on se met au travail, et on s’aperçoit qu’un palier est franchi. Ca devient plus facile un certain temps…
avant de se trouver face à une nouvelle marche. Ainsi par palier successifs, on se retrouve en auto-formation permanente. Avec le développement des e-learning. Ca facilite beaucoup les choses. il suffit d’y croire et d’y consacrer du temps.
Question de choix. En mesure ça s’étale en années, quand on ne peut pas s’y consacrer a plein de temps. Actuellement je découvre la station de travail Kronos, qui m’a beaucoup servi pour « Summertime ».
Kyzim : Avez-vous un instrument de prédilection ?
Pka : Ça reste la guitare. (j’en ai plus de 10 !) Ça se transporte. Ça accompagne la voix. Ça permet la création même si on ne connais que 2 accords ou que l’on a quatre cordes. Ca s’accorde de pleins de façons différentes. Ca sonne le métal, le bois, le nylon. Ca s’électrifie, ca se midi-fie.
Si l’instrument vibre en jouant c'est que c'est « ton instrument ». Et puis il y a le mythe de l’instrument. la caisse que l’on décore, le compagnon du stoppeur…
Kizym : Quelles sont vos influences musicales ? Pouvez-vous nous citer quelques artistes ?
Pka : Mes parents sont de 2 pays différents. Même si la musique n’a jamais été leur tasse de thé, je me suis imprègné à l’adolescence de ce qui circulait en France et en Grèce.
Ce que j'écoutais en boucle :
Les écrivains : Ferré, Brel, Brassens, Moustaki, Gainsbourg, Higelin, Cabrel, Goldman.
Les voix : Piaf, Barbara, Sanson.
Les interprètes : Montand, Aznavour, Reggiani, Dassin.
la musique de tradition : Malicorne
Les anglo saxons : Dylan, Cohen, Creedence Clearwater Revival, John Lennon, les Pink Floyds, Patti Smith, Led Zeppelin.
Pour la musique grecque : Mikis Théodorakis, Manos Xatzidakis, Dionisos Savopoulos, Xaris Alexiou, Stamatis Spanoudakis
Kizym : Les paroles et mélodies de vos titres sont imprégnés d’une réelle poésie : quelles sont les sources de cette inspiration ?
Pka : C’est la musique qui m’inspire. J’ai l’idée d’un accompagnement à la guitare au synthé ou d’une rythmique et je fredonne une mélodie. J’enregistre et je laisse décanter. Le temps est un allié. Je peux ainsi passer trois mois de recherches musicales sur un thème.
Plus tard j’ouvre un tiroir. j’écoute, je trie. Certains brouillons musicaux iront pour des compositions instrumentales, d’autres pour des chansons. Je choisis un morceau.
j’écoute en boucle, j’écris tout ce qui me passe par la tête. Comme un scénario de film. Si la première strophe vient... Le reste du texte suit.
Kyzim : Comment ces idées vous viennent-elles ?
Pka : C'est un mélange entre le carburant de la vie personnelle, la société dans laquelle on vit, les rencontres. Il suffit d’avoir quelque chose à dire. La solitude, l’amour, l’injustice, la guerre, le départ, les rencontres, le rêve, les souvenirs, l’humour, l’instantané, le temps qui passe, la contemplation. La musique est un espace de liberté qui malheureusement se réduit comme une peau de chagrin, une goutte d’eau dans l’océan.
Kizym : A travers vos musiques, on sent que vous avez beaucoup voyagé : est-ce une fausse impression ?
Pka : Je suis un peu nomade, sans véritable racine. Je ne suis jamais resté plus de 4 ans dans une même ville, une même école. Adulte j’ai voyagé à Aix en Provence, Amsterdam, Florence, Berlin, Santorini, pour la peinture, pour la correspondance scolaire, l’amitié, les paysages. Je suis allé en Pensylvanie, comme au Burkina Faso...
Kizym : Votre musique nous fait voyager vers de nombreux horizons, mais si vous deviez dessiner votre Univers à vous, un Univers qui rassemblerait toutes ces musiques, à quoi ressemblerait-il ?
Pka : Je n’arrête pas de dessiner, d’inventer des univers graphiques. Tout rassembler dans un seul tableau c’est difficile. On le fait album par album. Et Yves Carrion en est le chorégraphe. En pédagogie on dit que l’on enseigne pas ce que l’on sait mais ce qu’on est. Dans une exposition de peinture, c’est l’espace qui sépare deux tableaux qui donne son sens à l’ensemble. Un album c’est comme une exposition. On choisi d’accrocher les musiques dans le temps et l’espace d’une écoute personnelle. Le zapping, c’est un peu comme le fast food, pas forcément bon pour la santé.
Dans cet univers on retrouverait, d’une manière ou l’autre, la paix, la sérénité et la joie.
Kizym : Vous offrez l’évasion à vos auditeurs. En plus de cette qualité, avez-vous un message à véhiculer à travers vos créations ? Si vous aviez quelque chose à dire à vos fans, quel type de message cela serait-il ?
Pka : Vivez la musique et ne vous laissez dicter vos choix par personne. Une chanson ça peut parfois sauver une vie.
Kizym : Merci à vous Patrick Aslanian ! Auriez-vous un dernier mot à dire pour terminer cette interview ?
J’ai pris un vrai plaisir à vous répondre. La balle est dans votre camp.
à bientôt
Patrick Kaloust ASLANIAN / Kyzim 2014
interview
interview 2014
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interview 2013
interview 2013
De quels instruments joues-tu ?
A 18 ans j’ai commencé sérieusement avec une guitare 12 cordes et quelques harmonicas. Très simple pour jouer dans le métro ! J’ai composé mes premières chansons que l’on retrouve dans les albums Au fil du temps, Au jour le jour, J’existe, L’atelier et Mémoires. D’abord en anglais puis en français. Ce n’est que bien plus tard que j’ai commencé a écrire en grec.
J’ai découvert bien plus tard la guitare électrique. En fait dès que j’ai pu disposer d’un local ou je ne dérangeait personne pour jouer sans un casque sur la tête !
Puis j’ai troqué mon Roland XP50 pour le Korg kronos qui me soutient pour l’orchestrations et l’inspiration.
Depuis combien de temps tu pratiques ?
pour la guitare on dira 40 ans. Pour le synthé et la guitare électrique, environ 4 ans.
Qui ou quoi t'as donné envie de faire de la musique ?
J’écrivais des poèmes à l’adolescence. La musique m’a obligé à des règles temporaires. Et surtout lier 2 passions : poésie et musique.
Pourquoi ces instruments là ?
la guitare est idéale pour l’accompagnement des voix. Et puis ça toujours été mon instrument préféré.
La station de travail Kronos, c’est surtout quand je me suis mis sérieusement a revisiter mes chansons pour les enregistrer en studio. La restitution des sons est de très bonne qualité.
Les textes : comment se passe une séance d’écriture ?
Une feuille, un carnet de voyage, avec le carnet d’esquisse. En studio avec l’ipad pour me relire, imprimer ou partager. Je peux en écrire une par jour. Pendant l’été 2012 j’avais la veine. J’ai écris les textes de 5 albums (Avocalypse, Ballades, Acides, Vue du Ciel et Aigremoine …)
Quels sont les thèmes que vous abordez ?
Souvent poétiques. C’était d’ailleurs le point de départ. Soutenir le texte par la musique. C’est toujours ainsi que je commence, même si c’est plus difficile. En fait on est dans l’illustration musicale. Comme un compositeur de musique de film va trouver un titre à son thème. Je trouve un texte pour l’habiller, même si ma voix n’est pas toujours au rendez-vous pour le mettre en valeur. Du moins cela m’aide quand nous cherchons les mots justes pour traduire un texte en grec.
La solitude, l’amour, l’injustice, la guerre, le départ, les rencontres, le rêve, les souvenirs, l’humour, la vieillesse, des chansons pour enfants aussi.
Que t'apporte la musique dans la vie ?
Elle m’aide à vivre. En fait elle est ma vie ; C’est mon espace de liberté. Ma bulle. On n’oublie beaucoup de l’hyper informatif morose. C’est peut être une des rares libertés qu’il nous reste… même si certains se font tuer pour avoir exprimé leurs idées comme ce jeune grec en 2013, Pavlos Fryssas exécuté par l’extrême droite.
Quel est l'artiste dont tu envies la carrière ?
Franchement aucun. Même si j’ai eu des admirations pour certaines Célébrités de la scène. Mais je découvre chaque jour sur des sites internet tant de talents inconnus.
Les médias nous disent ce que nous devons aimer et consommer.
En fait c’est vivre de sa musique que souhaite simplement un musicien. Vivre sa passion. Ce qui n’est pas mon cas.
Comme je suis aussi plasticien, j’ai gardé cet esprit de l’indirect.
Je n’est que rarement pratique de l’événementiel, du direct avec le public, même si c’est fascinant.
Ca a de gros avantages de vivre dans l’ombre. Les pressions ne vous détruisent pas.
On se sent libre d’exploiter plusieurs voix parallèles, sans directeur de conscience ou de marketing.
Changer de style, découvrir, apprendre, sortir des sentiers battus. Je me lance dans la composition classique et l'orchestration, j'expérimente, je tâtonne et surtout j'écoute et j'apprends.
Quel styles musical joues-tu ?
Pas facile de mettre un nom sur sa propre création. disons pour faire simple, du folk, du pop et de l’atmosphérique style lounge parfois du classique, du jazz.
D’un coté la chanson poésie, de l’autre l’orchestration.
Quelles sont tes recherches actuelles ?
Actuellement, je m’exerce aux rythmes orientaux, grecs, balkans qui, ici en Crête on beaucoup d’importance. Ce n’est pas tout de traduire une chanson dans une langue pour quelle soit appréciée. Il faut apprivoiser cette âme grecque si vivante et indéracinable. Même si tous les autres styles du monde on fait des incursions passagères, ils n’ont jamais supplantée les traditions.
Même si a Athènes les jeunes sont très européens. Ici on danse sur des rythmes orientaux.
Quels styles musicaux écoutes tu ?
j’écoute tous les styles de musique. Classique, folk, rock, musique traditionnelle principalement et essentiellement grecque. mais j’écoute aussi les jeunes talents inconnus, parmi mes fans sur reverbnation très prometteurs. Ouf ca bouge sur la planète !
Ta devise en tant qu'artiste ?
Suivre ses intuitions, beaucoup travailler, se remettre en question et accrocher sa charrue a une étoile…
Tant que mes rêves dépasseront la réalité je continuerai de rêver.
Ton meilleur souvenir artistique ?
Au festival de musique moderne de Thessalonique. J’avais 18 ans. Je jouais Travelling in May. Quand j’ai entamé le solo d’harmonica les spectateurs sont entrés en délire. Si on pouvait récupérer toute cette énergie pour la réinjecter au quotidien…
Ton pire souvenir artistique ?
Le doute quotidien sur ma création. même si je suis passionné parce ce que je fais. Ca ronge de l’intérieur.
Mais bon on vit avec. C’est le lot de l’ombre et de l’anonymat.
Ton 1er concert (en tant que spectateur) ?
A Paris, je crois que c’était à la fête de l’humanité. Beaucoup de scènes de jazz, des ballets de Maurice Béjart.
Ton dernier concert (en tant que spectateur) ?
été 2013 à Sitia pour le premier festival de musique méditerranéenne organisé par Ross Daily, un grand joueur de lyre crétoise qui avait invité des instrumentistes italiens, égyptiens. C’était magique !
Ton 1er concert en tant que musicien ?
je ne fait pas de scène. Même si j’ai organisé des spectacles pour mes élèves quand j’étais instit.
J’ai filmé pendant plusieurs années les spectacles des autres
La raison ? J’ai de grand problèmes de mémoires pour les textes.
Ton lieu de concerts préféré (en tant que spectateur) ?
Style concert champêtre à l’américaine. Les enfants jouent au freesby. les hommes sont autour de la bière pression. mais aussi les ambiances boites petit groupe (200 au maximum). Mais j’aime bien aussi le style Itunes festival à la maison.
Comment tu organises ton temps autour de la musique ?
Tâtonner, expérimenter…
La plupart de mes heures se passent au studio. Il est constitué de 3 pièces. le studio proprement dit avec un cabine micro.
Apprendre…
Il y a de nombreux didacticiels et des livres. Il y a toujours à découvrir et redécouvrir.
Assembler et finaliser…
En face, côté cuisine c’est la régie. dans laquelle je passe le plus clair du temps. pour gérer les montages, préparer les mix que je traite plus tard dans la pièce de master, là où je me coupe les cheveux diraient certains qui pensent que l’on ne peut pas « se mastériser ». Ils ont sûrement raison.
Mais il faut bien apprendre pour le faire pour les autres, mieux que pour soi-même. Donc « casser du son » et des omelettes numériques.
J’ai toujours cinq a six albums en préparation : j’ai de la matière pour quelques années.
Mettre en ligne, correspondre être présent sur les réseaux sociaux…
Après il y a des heures de relation sur la toile. Concevoir des clips, mettre a jour le site internet, contacter les fans, mettre en ligne des albums. Travailler le graphique des pochettes. Heureusement je puise pas mal dans ma production graphique.
Ecouter les autres…
Pendant une partie de sa vie on se fait « une culture », on découvre la musique reconnue du monde. Et puis on s’aperçoit que c’est la face émergée de l’iceberg ! Imaginez le nombre de talents inconnus des siècles passes. Mais on se doit être a l’écoute et donner un peu de chaleur a toutes ces personnes pour qu’ils croient en eux, même sils ne sont ni reconnus ni sponsorises.
interview 2012
octobre 2012
Comment est née la passion pour la musique ?
Je suppose comme beaucoup à l'adolescence. Certains vivent dans des familles où il est de bon ton de connaitre un instrument de musique. La plupart cependant font ce qu'ils peuvent. A 15 ans j'ai économisé 6 mois d’argent de poche pour m'acheter ma première guitare, une classique. J'habitais en Normandie à l'époque. Je ne sais pas ce quelle est devenue depuis.
J'ai découvert quelques accords par moi-même. Ni cours, ni coach. Je me suis donc immédiatement mis à écrire. C’était magique et ça les resté. A l’internat un grand m'a montré quelques accords.
J'ai d'abord mis en musique des poèmes de Jean-Pierre Ghesquière et Pierre Reverdy. Puis j'ai commencé à écrire. D'abord en anglais puis en français.
Très vite je suis passé à la folk. Je suis parti faire mes études à Paris. J’ai troqué un de mes tableaux contre une guitare douze corde Yamaha. Je jouais mes chansons dans le métro avec un harmonica. Puis j'allais au restaurant dépenser l'argent. Juste pour le fun.
Je sais que ce n’est pas évident, mais si tu devais te présenter en quelques mots ou quelques lignes, que dirais-tu ?
Déjà ce que je ne suis pas : chanteur. J'interprète mes compositions faute d’avoir rencontré des personnes pour le faire. Juste pour en garder une trace écrite. Je ne sais pas lire la musique : il me fallait donc un magnétophone : parfois on entend le feu de bois qui crépite à côté !
Chansonnier parfois, ou plutôt poète. Pas vraiment musicien : je m'accompagne.
J'ai découvert plus tard la magie des arrangements avec la worstation Roland XP45 et le multipiste sur pc avec cakewalk comme DAW, le tout en midi. Un monde passionnant qui m'a permis d’explorer d'autres sons différents du folk.
Donc un peu interprète, beaucoup chansonnier, un peu arrangeur et maintenant auto-producteur avec le studio ou je passe le plus clair de mon temps.
Quelles influences tu revendiques ?
Les chanteurs que j'écoutais en boucle :
Les écrivains : Ferré, Brel, Brassens, Moustaki, Gainsbourg,
Les voix : Piaf, Barbara, Sanson.
Les interprètes : Montand, Aznavour, Reggiani, Dassin.
Les anglo saxons : Dylan, Cohen, « Creedence Clearwater Revival », les Scarabées et les flamands roses.
Pour la musique grecque Théodorakis, Xatzidakis, Savopoulos… Et tant d’autres que j’ai découvert plus tard comme ledZep,..
D'ou vient l'idée de publier maintenant ? Enfin je veux dire à 57 ans.
Laisser une trace. Donner un sens à mon travail. Partager, Peut-être trouver un public qui sait ! Je n'ai jamais pu vraiment me consacrer à la musique. Juste pendant les vacances et parfois les coups de blues. Dix chansons par an. Cet été j'en ai écris soixante. C'est que tout n'est pas perdu !
Tu as monté un Studio. En quelques lignes quels sont les équipements qui en font le coeur ?
Les incontournables ?
En fait depuis le minik7 stéréo on vit une époque d’accélération des possibilités offertes aux musiciens. Et même sans formation première on peut s’équiper à des prix raisonnables. Je ne pense pas trop m’être trompé dans le choix du matériel :
Pour le mixage une console Presonus Studiolive 16 pistes pilotée sur iMac avec StudioOne ;
Pour les arrangements une station Kronos de Korg.
Pour la guitare électrique un Profileur d’amplis Kemper ;
Pour l’électro acoustique le boitier Aura Spectrum de Fishman.
Pour la rytmique le DR-880 de Boss ;
Pour les voix le processeur Voicelive 2 de TC-Helicon,
Pour la compression un rack ADL600 de Presonus.
et bien évidemment quelques micros : Rode, Akg, Shure ;
Pour l’écoute studio et régie j’ai choisi des Rockit et le correcteur Ergo de chez KRK.
Cela ne veut pas dire que je les connais par coeur. Mais j’apprends.
Tu as signé 3 albums ce mois-ci chez Jamendo en licence de libre écoute. Comment les présenterais-tu ?
Pour moi c’est un tryptique.
Avocalypse, le premier est un projet qui me tenait à coeur depuis longtemps. Le multipiste permet de travailler sur les vocalises les onomatopées et le morceau se construit. La moitié des chansons sont sur le thème de la politique mais il y aussi de l'humour.
Ballades, est beaucoup plus classique. C'est peut-être ce qui convient le mieux a une écoute attentive.
J'aborde des thèmes, personnels, psychologiques parfois dramatiques mais aussi d'humour et poésie.
Acides, traduit mes premières expérimentations à la guitare électrique que je travaille depuis 4 ans. C'est surement le plus difficile d'approche car les thèmes sont majoritairement orientés politique et guerre (8 chansons sur 13).
Comment tu répartis les tâches créatives ?
Je construis d’abord une composition : rytmique, basse, guitare, synthé. Certaines n’acceptent pas facilement une mélodie. Je les élimine. Elles seront travaillées pour d’autres projets. Je place une mélodie et je les range dans un tiroir. Laisser décanter : très important. Laisser le temps faire son tri.
Cette année il y avait plus de 100 compositions près à accueillir des paroles. En fait 20 sont allées remplir les candidatures de chaque album.
Ensuite c'est Yves Carrion qui choisi et classe. Et je dois dire que ses propositions donnent une dimension nouvelle à chacun des albums. Depuis plus de 20 ans cette collaboration a toujours été précieuse et enrichissante.
Au bout du compte 12 ou 13 chansons sont publiées.
Comment as-tu choisi l’artwork ?
Pour moi les 3 albums sont indissociables. Un instantané 2012 personnel de société.
J'ai choisi 3 aquarelles infographiques que j’avais réalisées en 2001-2002.
Des nuages menaçant dans une steppe au coucher de soleil traduisant l’inquiétude pour l'album Avocalypse.
Le vert et l'eau pour Ballades. Sérénité, mise à distance et réflexion.
Le rouge incendiaire pour Acides qui est un cri et une douleur parfois insupportable.
Comment se passe la chaine de production diffusion promotion ?
Elle est réduite à sa plus simple expression. Lorsque que l'ordre des chansons est définitif, je maquette. Enfin un bien grand mot. Je ne suis pas non plus ingénieur du son, mais je concilie mes oreilles à l'écoute.
Elle est proposée en upload à Jamendo qui la publie quelques jours après.
Et là commence la mise à jour des sites internet que je gère.
le site officiel, sur Tumblr. J'annonce sur facebook et twitter les publications.
Je réalise le songbook des albums que chacun peut télécharger sur le site.
Puis je cherche des idées pour des clips de présentation. Pour chacun d’eux je choisi les 30 secondes des passages les plus radiophoniques, une sorte d’audio digest. Puis je réalise un montage avec des footages libre de droit. Tout passe par l’image dans notre société.
Ensuite je construit le clip complet d'une chanson. Ca prend plus de temps. Mais ça permet de continuer à faire vivre la chanson.
Je mets les clips en ligne sur YouTube, Vimeo, Myspace, DailyMotion.
Pas de reproduction mécanique envisagée pour l’instant.
…et je passe à autre chose !
Non : de temps en temps je regarde les taux d'écoute et de lecture, les fans. (rires)
Je prends une photo et je fais un lien vers une chanson.
Que retiens-tu de cette première publication sur Jamendo ?
Dans un monde d'anonymat, il faut un miracle pour que quelqu'un soit reconnu. Et c'est peut-être mieux ainsi. La démocratisation de la communication à ceci qu’elle dilue et souvent nivelle par le bas. Mais c'est une autre histoire. Alors il faut se battre, être imaginatif. Jamendo c’est une idée géniale et tout ce qui est encore gratuit sur internet aussi.
Pour moi qui ne fait pas de scène, ce sera peut-être l'occasion de rencontrer des interprètes. D'avoir un retour .. dans 6 ou 7 ans !
J’ai encore beaucoup à améliorer ! Peut mieux faire dirait le prof !
Quelles étaient tes envies avec l’enregistrement de ces albums ?
Aller au bout d'une publication, terminer un cycle. Celui-ci est ma transition entre la France et la Crête.
Quels sont tes projets maintenant ?
Traduire en grec quelques chansons, rencontrer des interprètes.
Maquetter des chansons écrites depuis 1970 qui n'ont jamais été publiées.
Diffuser d’autres albums musicaux. Et continuer d’écrire composer et apprendre.
Si tu devais citer 3 disques sans lesquels tu ne pourrais vivre ?
Je ne sais pas. J'apprécie beaucoup de musique du monde entier sur chacun des continents. Quand je produis j'écoute peu. Quand je peins j'ai besoin de musique. Classique ou autre. Peut-être ceux qui m’ont marqués ?
Le premier album de Moustaki qui lui aussi se situe entre deux cultures comme Dassin et Cat Stevens.
Quels sont tes chansons préférées ?
Il y a deux ans on m’a demandé de chanter sur scène des chansons connues. Il se trouve quelles gravitent toutes autour des années 60. Bien évidemment c'est un album qui ne sera jamais publié pour des question de copyright mais ça ma permis de faire le point sur ce que j'aimais :
Dassin - Champs Elysées ; Brel - le plat pays, Amsterdam ; Aufray - Santiano, ;
Ferré c’est extra ; Halliday - le pénitencier, que je t’aime ; Moustaki - le métèque, le temps de vivre ; les scarabés - let it be ; Cohen - le partisan, Dylan - blowing in the wind, shelter from the storm…
En visitant ton site perso on découvre d’autres passions ?
La pédagogie d’abord. Cette partie est la plus riche du site avec les publications de mes élèves, leur classe d’environnement. En fait au départ c’était le site de la classe ! J'ai été instituteur de 1996-2008.
La peinture et le graphisme avec un aperçu de mon parcours.
Les spectacles donnés à Maridati depuis 4 ans que je film. Eleni Perinou amène des musiciens de toute la Grèce pour s’exprimer sur cette petite scène. On apprend beaucoup en regardant les musiciens sur scène.
Il y a aussi des documentaires ainsi que des podcasts que je publie régulièrement.
Guitare, pinceau, caméra, photo, montages et apprentissage.
Pour le titre Métacréation ?
C’est ce qui se passe après (meta en grec) la création.
Question plus personnelle. Est-ce que le fait d'être à la retraite change quelque chose ?
Oui c'est une nouvelle vie qui commence et j'espère qu'elle sera longue.
Et le choix de la Crête ?
Les gens sont très accueillants. une île c’est aussi l’isolement nécessaire à la création.
j'ai essayé de le décrire dans une chanson qui lui est consacrée : la Crête



